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22/10/2007
Jeeves : des scandinaves aux visées internationales
22 octobre 2007



Implanté en France depuis à peine plus de deux ans, l'éditeur suédois d'ERP Jeeves a remporté récemment quelques belles affaires au nez et à la barbe des ténors du marché. Entre les éléments fonctionnels, les aspects technologiques et les arguments commerciaux, quelles sont les raisons de ces succès ?


Les réalisations industrielles et technologiques des pays scandinaves sont nombreuses : Saab, Ericsson, Nokia mais aussi Intentia et Navision. À son tour, Jeeves commence à faire parler de lui en Europe et aux États-Unis avec des performances éblouissantes : 24 trimestres successifs positifs.

L'ERP Jeeves est emblématique d'une nouvelle génération de produits. Alors que les produits conçus dans les années 80 ou avant peinent à s'adapter au Web, Jeeves est né dans les années 90 : le Web est sa langue maternelle. Devenu numéro 1 en Suède, ses dirigeants ont décidé en 2004 d'organiser son développement en Europe. D'anciens dirigeants européens de Navision, passés pour la plupart chez Microsoft après son rachat, se sont impliqués dans ce nouveau défi. Parmi ceux-ci, Raphaël d'Halluin, aujourd'hui General Manager de Jeeves France, rappelle le contexte : « Après l'épisode Microsoft, le marché avait besoin d'un appel d'air. Face à la pression des grosses structures, il se crée naturellement des petites sociétés qui proposent des produits plus modernes. »

Ce groupe de dirigeants cherchait une société profitable avec un excellent produit, qui soit proche de l'éclosion et qui pouvait financer son déploiement européen. Le groupe connaissait bien les Scandinaves, leurs particularités, leur rigueur.

Richesse fonctionnelle, paramétrage puissant : un ERP prêt à l'emploi

Ciblant les grosses PME, Jeeves se place sur le même terrain que Microsoft Dynamics AX, l'ex-Axapta. Construit à l'origine pour l'environnement Windows en s'appuyant sur SQL Server, Jeeves s'en est affranchi. Son code est indépendant des plates-formes. Misant avant tout sur Internet, l'éditeur s'appuie aussi bien sur Java J2EE que sur Microsoft .NET. Jeeves propose aujourd'hui une version Linux et l'éditeur s'est associé à IBM avec qui il prévoit un portage sur ses différents serveurs et sur DB2.

Outre les aspects techniques, l'approche fonctionnelle a, elle aussi changé. Ce qu'explique Raphaël d'Halluin : « Les ERP de la génération précédente proposent une base de fonctionnalités assez restreinte. Ils s'appuient sur l'utilisation d'une boîte à outil spécifique pour effectuer les développements de modules complémentaires destinés à couvrir tous les besoins d'une entreprise. Jeeves arrive d'emblée avec une couverture fonctionnelle très large. Les produits hautement paramétrables reviennent au-devant de la scène. »

Lorsque le niveau des développements spécifiques devient trop important, il devient impossible de contrôler les délais. Chaque développement est un micro-projet qu'on croit parfaitement maîtriser. Alors qu'il semble possible de mener à bien rapidement chacun d'entre eux, les développeurs se rendent compte trop tard qu'ils dépendent en fait les uns des autres : le projet devient alors incontrôlable.

Raphaël d'Halluin, General Manager, Jeeves France
Raphaël d'Halluin, General Manager, Jeeves France
Après des échecs parfois retentissants, les entreprises se rendent compte maintenant de l'intérêt de tirer le meilleur profit des fonctions standards des progiciels. En outre, elles garantissent la pérennité des applications en cas de changement technologique, d'évolution de système ou de migration d'ERP. Alors que les développements spécifiques se révèlent souvent impossibles à faire évoluer.

De fait, Jeeves est plus structurant que ses prédécesseurs. Mais l'avantage économique est certain et le risque de dépassement des délais diminue. Le socle commun doit être le plus important possible pour toutes les sociétés utilisatrices. Les équipes de développement des éditeurs imaginent des solutions pour y parvenir.

« Les clients peuvent s'adapter », insiste Raphaël d'Halluin. « Ils ont des problématiques parfois absurdes. Ils veulent reproduire ce qu'ils faisaient en Cobol il y a 10 ans. Au lieu de réfléchir à l'évolution de leur système, ils s'accrochent au phantasme du remplacement à l'identique. C'est une démarche contre-productive. »

Sur le plan technologique, Jeeves soigne son image d'innovateur avec l'intégration de la téléphonie Internet Skype, des fonctions sophistiquées de collaboration et l'intégration avec Microsoft Office. Mais d'après Raphaël d'Halluin, « il ne s'agit pas d'épater la galerie. La mise en œuvre des technologies récentes permet de réelles économies. Des études récentes l'ont montré. »

Des succès emblématiques

Dans plusieurs affaires, Jeeves s'est retrouvé face à une dizaine de concurrents parmi les mieux implantés du marché. Les pressions commerciales ont été intenses. Chez SES, leader de la signalisation en France, Jeeves s'est imposé par la rigueur de ses démonstrations. Le cas d'ID Systèmes est plus original. Cet éditeur de progiciels verticaux dans le domaine des vins et spiritueux est le leader de ce marché avec une base installée de 450 clients. La société cherchait à transformer ses produits en une solution moderne évolutive et accessible par le Web. Jeeves a convaincu l'équipe technique d'ID Systèmes mais aussi son Conseil d'Administration, face à ses concurrents. Le produit existant tourne principalement sur IBM System i. ID Systèmes et ses clients voulaient conserver la plate-forme. Grâce à un accord avec IBM, Jeeves sera porté sur cette gamme. La nouvelle version de l'ERP d'ID Systèmes intégrera le moteur de Jeeves. Il sera « powered by Jeeves ».

Exemple de menu de commande dans Jeeves
Exemple de menu de commande dans Jeeves

Jeeves favorise ce genre d'approche après avoir constaté les déboires d'autres démarches sur les marchés spécialisés. « La politique des add-ons ne marche pas », constate Raphaël d'Halluin. « es ajouts spécifiques à des progiciels standards posent de gros problèmes lors des évolutions successives et des migrations. C'est pourquoi nous préférons une approche OEM qui permet d'obtenir sur une base Jeeves un progiciel totalement cohérent et maintenable. » L'éditeur qui a développé un tel progiciel en assure ensuite le support, la maintenance et les évolutions.

Jeeves compte poursuivre cette démarche en entrant dans le capital de quelques éditeurs verticaux pour faire évoluer leur ERP à partir de la plate-forme Jeeves. Jeeves France dispose d'un budget dans ce but.

Le modèle économique en question : la situation actuelle et l'avenir

Jeeves fonctionne selon un modèle de vente indirecte. L'éditeur travaille avec un réseau d'intégrateurs qu'il faut former et suivre. C'est un modèle économique bien rôdé. Raphaël d'Halluin vante les avantages de ce système : « Le mécanisme de la vente indirecte provoque une croissance mécanique : il faut être présent dans beaucoup de pays. Même si elle reste modeste, la croissance de chaque pays contribue à celle de l'ensemble. » Le réseau d'intégrateurs travaille sur un marché de PME de tailles variées. Il a poussé Jeeves France à diffuser une version du produit taillée pour les PME. Mais il s'agit du même produit de base. En cas de besoin, le passage d'une version à l'autre n'est pas une migration.

« Jeeves arrive d'emblée avec une couverture fonctionnelle très large. Les produits hautement paramétrables reviennent au-devant de la scène. » Raphaël d'Halluin

Lucide sur les tendances du marché, l'éditeur réfléchit à l'évolution du mode de tarification. Il est conscient que la vente de licences arrive à son terme. D'après lui, un coût raisonnable par utilisateur et par mois pourrait constituer une solution à moyen terme. Il pense aussi que le mode hébergé, qu'il propose depuis l'origine, va se répandre. Enfin, un modèle de tarification à l'usage pourrait être une solution intéressante. Cela permettrait aux entreprises de mieux gérer l'utilisation de leurs produits. Ne seraient facturés que les modules réellement utilisés et le temps consommé. Jeeves teste ce modèle auprès de clients pilotes en Suède.

Mais qui est Jeeves ? C'est un personnage de fiction inventé par P.G. Wodehouse : un valet « gentleman », cultivé et très débrouillard. Ce que reflète le logo de la société avec son nœud papillon et son chapeau melon. Alors l'ERP Jeeves, plutôt gentleman ou plutôt débrouillard ?

René Beretz

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