La gestion de la performance a longtemps été considérée comme le haut de gamme des applications décisionnelles financières. Avec des suites logicielles dédiées, des éditeurs spécialisés ont remporté de jolis succès auprès des directions financières des grands groupes et des grosses PME. Mais en moins d'un an le paysage s'est complètement bouleversé avec des rachats en cascade. Aujourd'hui, des offres de CPM (Corporate Performance Management) sont disponibles chez Oracle, IBM, SAP ou Infor, mais aussi Cegid, pour ne citer que les plus importantes
De la Business intelligence au Corporate Performance Management
Alors que la Business Intelligence (BI) a pignon sur rue depuis plus de 10 ans, la notion de CPM n'est apparue au grand jour que depuis environ 5 ans. Cette différence d'appellation correspond à la fois à une couverture fonctionnelle différente et à une maturation des outils. En effet, la business intelligence s'adresse à une grande variété de métiers tandis que le CPM concerne avant tout les directions financières au travers d'outils destinés à faciliter leur travail : planification et élaboration budgétaire, prévisions, consolidation financière, reporting financier, gestion stratégique, gestion des coûts et de la rentabilité.
Les outils de base de la business intelligence ont longtemps été très techniques. Ils ne connaissaient pas les métiers de leurs utilisateurs. « L'outil de reporting ne connaissait pas la notion de compte, de client ou de crédit », précise Olivier Delande, chef de marché CPM, chez Cegid. Les intégrateurs avaient pour tâche de paramétrer ces boîtes à outils techniques pour les adapter aux usages que l'entreprise comptait en faire. A contrario, la spécificité du CPM est de fournir des outils clefs en main aux services financiers : leurs fonctionnalités sont conçues pour répondre aux besoins de ces métiers. En outre, indique Pascal Olivier, directeur de l'offre CPM et fiscalité chez Cegid, « les outils de CPM permettent d'aller plus loin. On les retrouve d'une entreprise à l'autre. Ces progiciels métiers deviennent des références pour l'échange d'informations car leurs contenus sont signifiants. ».
Le CPM est l'outil de pilotage de l'entreprise pour tout ce qui concerne la performance financière. Le directeur financier est amené à communiquer, en particulier en interne, au sujet de l'optimisation du budget, des nouveaux investissements ou des arrêts d'investissement. Il devient un partenaire des directeurs de branches ou de business units.
De l'ERP au CPM : le retour de la planification
L'un des domaines centraux du CPM est la planification. Sa place a beaucoup varié dans les offres de progiciels du marché. À l'origine, c'était un élément intrinsèque des ERP : ERP ne signifie-t-il pas « Enterprise Resource Planning » ? Mais cette dimension s'est perdue au profit d'autres fonctions au fur et à mesure du développement des ERP. La planification est devenue une tâche individuelle, mal coordonnée, effectuée sans compétence particulière. Une phase de consolidation était inévitable. Elle est arrivée par l'intermédiaire du CPM et s'est accélérée depuis environ un an avec les rachats successifs.
Planification de tableaux de bords mensuels avec Cegid CPM Planning
La gestion de la performance évolue et devient donc une fonction transverse. Pour Jean-Michel Franco, Business Solution Director chez Business & Decision, « à côté des systèmes transactionnels et des systèmes décisionnels, les systèmes de gestion de la performance s'attachent à allouer correctement les ressources. On peut les comparer aux voitures, pourvues d'un moteur et d'un tableau de bord, dans lesquels le GPS permet maintenant de répondre à la question : où aller ? »
Les entreprises se sont rendu compte que les outils de gestion de la performance avaient un intérêt qui dépassait largement le domaine des directions financières. Outre les aspects décisionnels et la consolidation, la gestion de la performance prend en compte des secteurs tels que l'optimisation de la masse salariale ou la fiscalité pour les entreprise internationales. Dans les services commerciaux, de tels outils sont très utiles pour calcul la rémunération des commerciaux en fonction des ventes, ce qui permet de mettre les finances en phase avec les prévisions de ventes. Les indicateurs de rentabilité concernent toute l'entreprise.
En s'adaptant de plus en plus à des métiers, les suites d'outils de CPM se transforment en véritables progiciels permettant de gérer la performance dans chaque métier. Par exemple, le Sales Performance Management gère la performance des ventes.
La consolidation des offres
La plupart des spécialistes proposant des produits pointus pour les directions financières ont été rachetés par des grands éditeurs d'ERP ou généralistes. Résumons : Oracle a ouvert le feu en rachetant Hyperion, très prisé des directions financières. SAP a racheté, entre autres, Outlooksoft, spécialiste des produits d'élaboration budgétaire et Business Objects, leader mondial de la Business Intelligence... qui avait racheté Cartesis, très implanté dans les directions financières des grands groupes avec ses outils de consolidation financière. Plus étonnant, IBM a réagi en rachetant Cognos... qui avait racheté Applix et son produit réputé TM1. Un premier pas vers des offres applicatives ? Changement de cap pour un groupe réputé pour ses offres d'infrastructure ?
Visualisation de la gestion de la stratégie avec Infor PM10
Cette concentration a entraîné la cohabitation de multiples produits et d'architectures variées à l'intérieur de quelques groupes. Il faut donc les intégrer pour construire une nouvelle offre cohérente. Ainsi Infor a construit sa gamme de produits en rachetant 35 éditeurs en 5 ans. Son offre de Performance Management PM 10 intègre des briques provenant, entre autres, d'Extensity et de Systems Union. L'éditeur a eu le temps de consolider son offre autour d'un référentiel unique qui s'appuie sur deux mode de stockage : OLAP et ROLAP. Son offre très complète comprend des modules originaux et visuellement élaborés, en particulier des fonctions d'alerte et d'analyse et un outil de gestion de la stratégie avec une visualisation par arborescence, une prise en compte des objectifs et un suivi par indicateurs colorés.
Chez Business Objects / SAP, la redéfinition prévue de l'offre introduit plusieurs niveaux hiérarchiques. Le Financial Performance Management est dissocié du Operational Performance Management, les deux étant regroupés sous l'appellation d'Enterprise Performance Management. SAP a placé la gestion des risques et de la gouvernance (Governance, Risk and Compliance) en parallèle avec ce dernier et les a regroupés sous le sigle d'Applications d'Optimisation de la Performance (POA). Quand aux outils de base de la business intelligence, ils sont clairement identifiés et regroupés sous la bannière de Business Intelligence Platform.
De son côté, Cognos / IBM distingue le Performance Management du Financial Performance Management, domaine couvert par TM1, provenant du rachat d'Applix. Chez Oracle, les applications de gestion de la performance d'Hyperion se présentent comme une suite modulaire d'applications intégrées comprenant, entre autres, Financial Management, Strategic Finance, Financial Data Quality Management.
Pour sa part, Cegid a construit son offre de CPM autour de l'offre SQL Server Analysis Services de Microsoft. La dimension collaborative est assurée au travers d'un portail basé sur SharePoint. L'aspect visuel très proche de Microsoft Office est un atout pour le marché des PME. Mais pour certains projets des grands comptes, Cegid s'appuie sur le moteur OLAP d'Oracle.
Des clients attentifs au marché mais libres dans leurs choix
Les éditeurs rachetés avaient des accords de partenariat avec des acteurs variées et leur clientèle s'appuie sur des produits de nombreux fournisseurs. Cette réalité doit être prise en compte dans le nouveau contexte consolidé. Ainsi Hyperion a plus de clients SAP que Business Objects. Ces bouleversements amènent les clients à se poser de nombreuses questions. Les grands comptes travaillent toujours avec plusieurs fournisseurs dont ils utilisent les produits dans différents services pour différents projets. En pratique, ils font leur propre consolidation sur le plan technique. Ils créent pour cela des centres de compétence. Partant d'un nombre important de produits dans les services financiers et commerciaux, il en réduisent le nombre mais ne se contentent pas d'un seul fournisseur.
Du côté des PME, le marché du CPM est en forte croissance. S'il est particulièrement actif sur le segment des sociétés de 500 à 2000 personnes, les PME de 100 à 500 personnes s'intéressent beaucoup à la consolidation. Selon Jean-Michel Franco, « elles demandent beaucoup de consolidation statutaire, de tableaux de bord, d'élaboration budgétaire, de planification. Et cela concerne un nombre important d'utilisateurs. » Ce secteur est la cible d'un certain nombre d'éditeurs plus modestes qui proposent des offres variées.