Il paraît que si Google modifiait sa couleur d'arrière-plan en passant du blanc au noir, cela ferait économiser beaucoup d'électricité et contribuerait de ce fait à la sauvegarde de la planète. 613 557,803 Watts/heure jusqu'au moment où ces lignes ont été écrites, pour être précis, d'après le site Blackle (http://www.blackle.com/)
Si l'idée paraît séduisante de prime abord, elle n'est hélas pas aussi géniale qu'elle en a l'air. L'économie est en effet bien réelle lorsqu'il s'agit de tubes cathodiques, dont les pixels sont noirs - c'est-à-dire non-excités - au repos et demeurent éteints pour créer un écran noir. Mais aujourd'hui, la plupart des gens utilisent des écrans plats, dont les pixels sont allumés en permanence, quelle que soit la couleur de l'image. Il s'agit donc d'un leurre.
Il n'empêche, le "green IT", ou "eco-friendly computing", ou "informatique verte" a tendance, depuis une bonne année maintenant, à envahir les discours des constructeurs, opérateurs et éditeurs, comme si une prise de conscience soudaine de la responsabilité des acteurs de l'informatique s'était opérée, jusqu'aux entreprises utilisatrices, qui envisagent sérieusement la mise en place d'une démarche "informatique verte" pour leurs propres besoins.
Voici un autre exemple, qui se traduit par des économies d'énergie bien réelles, lui : en réduisant la consommation électrique d'une installation on réduit son dégagement de chaleur. Autrement dit, non seulement on réduit la consommation intrinsèque de l'installation, mais on limite également les besoins en climatisation, faisant d'une pierre deux coups. C'est ce qu'a bien compris un hébergeur comme Internet Fr, qui a mis en place un système de climatisation à eau innovant baptisé free cooling dans son centre de calcul de Massy. Cette approche a permis à l'entreprise de réduire de plus de 70 % la surconsommation de climatisation des serveurs et de près de 40% la consommation électrique globale de son centre de calcul.
Si la démarche est certes louable et intéressante d'un point de vue écologique, arrêtons cependant de faire comme Internet Fr, dont le récent communiqué de presse présentait la démarche comme uniquement citoyenne et "planet friendly".
Car enfin, qu'il s'agisse d'un prestataire de services, d'un constructeur, d'un éditeur ou de toute autre organisation, l'objectif premier des entreprises n'a pas changé depuis que l'on parle plus de préserver la planète et depuis qu'Al Gore a sorti son film Une vérité qui dérange. Leur principal objectif demeure la recherche permanente et obsessionnelle du profit. Ou alors on m'aurait menti...
Et dans ce cadre, un peu plus de franchise et un peu moins d'hypocrisie et de langue de bois ne nuiraient sans doute pas. Car enfin, on peut être persuadé qu'Internet Fr - comme toutes les entreprises ayant eu la même démarche - ne va pas renoncer à convertir les économies qu'elle annonce réaliser avec son installation en espèces sonnantes et trébuchantes. Et il y a fort à parier que celles-ci iront gonfler les profits réalisés par les actionnaires de la société et ne seront certainement pas versées ni au WWF, ni à Greenpeace ni à aucune autre organisation écologique.
Alors autant le dire franchement : à l'heure du pétrole hors de prix, la motivation première de la démarche "green IT" des entreprises est avant tout économique. Les bénéfices écologiques ne sont qu'un effet connexe, secondaire de la démarche. Et dans ce cadre là on peut affirmer sans danger que oui, le "green IT" a un bel avenir devant lui et devrait être une tendance de fond.