Attention, le BPM (Business Process Management) dont il est question ici n'est pas celui évoqué dans un autre article de cette même lettre, La gestion de la performance rentre dans le rang, qui évoque le "Business Performance Management", également appelé CPM (Corporate Performance Management). Le BPM (Business Process Management) évoqué ici concerne les opérations de modélisation des processus métier de l'entreprise, qu'il s'agisse du système d'information ou de tâches prises en charge par des personnes. Le but de la démarche est d'accéder à une vision globale et synthétique des processus de l'entreprise et de la façon dont ils s'articulent entre eux afin d'être ultérieurement en mesure de les optimiser et/ou de les automatiser.
On peut schématiquement distinguer six phases dans un processus de BPM : - L'étude du fonctionnement l'entreprise, incluant l'analyse de ses objectifs et de son organisation afin de décomposer son activité en processus métier ; - La modélisation informatique desdits processus métier ; - La mise en place de la solution, en liaison avec le système d'information de l'entreprise ; - La phase opérationnelle ; - La phase de pilotage, c'est-à-dire d'analyse des processus grâce aux tableaux de bords disponibles ; - L'optimisation : mise en place souvent itérative de solutions améliorant les performances des processus métiers et de l'entreprise.
La notion d'amélioration itérative des processus est fondamentale. "Notre client System-U gère la création de ses nouveaux produits en BPM. Afin de s'adapter à la pression de l'évolution de la législation, particulièrement forte dans la grande distribution, ils ont fait évoluer leurs processus par 16 fois en 4 ans" explique François Bonnet, Responsable Marketing de W4, l'un des acteurs de ce marché. Un autre objectif majeur du BPM est la réutilisabilité. La plupart des outils ont cependant pour l'instant un fonctionnement propriétaire, utilisent leur propre modèle de données et leur propre base de données. La standardisation de la représentation des processus, de leur modélisation, de leur exécution et bien entendu de la communication de ces outils avec le SI, représente donc une zone de progression et un défi majeur pour l'avenir de ces outils.
BPM, ERP et Web 2.0
Colin Teubner, Forrester Research
Selon un livre blanc publié le 25 janvier dernier par BEA Systems (soit quelques jours à peine après leur rachat par Oracle), le manque de flexibilité, le poids des coûts d'évolution et l'orientation essentiellement technique et informatique des applications traditionnelles comme l'ERP sont un vecteur majeur de la croissance explosive du marché BPM. "Grâce aux technologies BPM, les entreprises peuvent déployer et modifier rapidement des processus intégraux allant bien au-delà des traditionnelles frontières applicatives, géographiques ou organisationnelles" commente Jay Simons, Vice-Président du Marketing de BEA Systems, dans ce livre blanc. Le marché du BPM serait même l'un des plus rapidement croissants dans le monde du logiciel, avec des volumes de ventes plus que décuplés entre 2006 et 2011. "Même si les analystes ne s'accordent pas tous sur le périmètre de ce marché, nous nous accordons tous sur son taux de croissance" explique Colin Teubner, Senior Analyst chez Forrester Research. "Chez Forrester, nous l'avons mesuré à 1,6 milliard de dollars en 2006 au niveau mondial et estimons qu'il atteindra les 6,3 milliards de dollars à l'horizon 2011. S'agissant d'interface avec les applications traditionnelles, classiquement, les outils de BPM viennent chapeauter et piloter l'ERP, sans modification de celui-ci. De nombreux exemples concrets, comme celui de Thalès Alenia Space, le numéro 3 mondial et le numéro 1 européen des fabricants de satellites, qui économise aujourd'hui 800 000 euros par an grâce à la mise en oeuvre d'outils de BPM illustrent cette interaction. Dans ce cas particulier, les outils de BPM sont interfacés avec les applications SAP en place.
Cette seconde génération est plus adaptée, offre des possibilités fonctionnelles plus larges et est parfois proposée en mode SaaS
"Cependant, le BPM ne résout pas toutes les problématiques" ajoute François Bonnet. "Il ne fait par exemple pas l'optimisation des ateliers de production. Il existe d'ailleurs d'excellents outils pour cela. Les processus optimisés par le BPM sont unitaires (c'est-à-dire qu'ils concernent une demande à la fois)". En termes de typologie d'entreprise concernée, "Le BPM s'adresse soit à des grands comptes (telco, banques etc.), soit à des PME en croissance. L'exemple de vente-privee.com, une club privé on-line organisant des ventes événementielles de produits de grandes marques pour ses membres, est frappant : devant le succès de leur site, ils ont eu recours au BPM pour industrialiser leur activité et répondre à la demande. En termes d'approche, la plupart du temps les entreprises font du BPM sur des projets un peu tactiques pour étendre ensuite son utilisation à d'autres projets. "Mais l'approche peut aussi être plus globale, comme à la BRED, qui a traité 200 processus d'emblée, ou à la Barclay's Bank, qui a fait du BPM sur 60 à 70 processus" ajoute François Bonnet.
Le BPM bénéficie lui aussi de son "2.0". Il s'agit de la nouvelle génération d'outils de BPM, qui met à profit les technologies spécifiquement Web 2.0 (évoquées dans "De monolithique, l'ERP devient progressivement modulaire"). Il y avait sans doute à redire à la première génération de ces outils et nombre d'utilisateurs ont pu été déçus par les résultats obtenus. Cette seconde génération est plus adaptée, offre des possibilités fonctionnelles plus larges et est parfois proposée en mode SaaS (Software as a Service). Toutes ces nouveautés mènent à des résultats tangibles pour les entreprises, en termes de gains effectivement chiffrables (on enregistre par exemple des gains de temps de 5 à 10 % par employé, ce qui représente un bénéfices significatif lorsqu'il concerne les centaines ou les milliers d'employés présents dans les agences d'une banque à l'échelon national) et de ROI de plusieurs centaines de k€, souvent atteint dans des délais de l'ordre de six mois.
Outre le fait de réussir là où les méthodes et technologies précédentes échouaient, les solutions de BPM "nouvelle génération" comptent un atout supplémentaire non négligeable : elles permettent de faire dialoguer techniciens de l'informatique et utilisateurs métier. D'où leur bonne santé actuelle et leur probable succès à venir.