Si l'on en croit une récente étude de Forrester Research (The State Of Enterprise Software Adoption: 2007 To 2008, 25 Janvier 2008), les entreprises utilisatrices se livrent à des mises à niveau importantes de leurs ERP, et l'intégration des applications est l'une de leurs premières priorités Quant aux technologies Web 2.0 (cf. encadré "Le Web 2.0 en quelques techniques") elles font également partie des priorités des directions informatiques. Comment ces technologies s'articulent-elles avec l'ERP "nouvelle formule" dont les contours se dessinent ?
SOA a encore frappé
Bien entendu, loin des prédictions provocatrices et apocalyptiques que faisait Bruce Richardson de AMR Research en 2006 (ERP Doomsday Scenario: Death by SOA?, août 2006), SOA ne tue pas l'ERP, pas plus que l'ERP ne rend SOA inutile. Bien au contraire, cet ensemble applicatif "colossal, onéreux et particulièrement consommateur de temps que l'on aime depuis longtemps haïr", selon les termes du même Bruce Richardson, semble avoir trouvé un modus vivendi avec les technologies SOA puisque, dans leurs nouveaux développements, la plupart des éditeurs d'ERP intègrent SOA, que ce soit Infor, SAP, Sage et bien d'autres encore.
La vision monolithique et rigide de l'ERP ne correspond plus aux réalités et aux nécessités actuelles de changement et d'évolution perpétuels. S'il est impérieux pour les entreprises équipées d'un ERP de faire de moins en moins de développements spécifiques, de réduire les délais d'implémentation et de mise en œuvre, il leur faut aussi une couverture fonctionnelle de plus en plus large et adaptable. La solution ? SOA et plus particulièrement les Web services.
L'ERP nouvelle génération ainsi conçu est modulaire et souple, organisé en unités fonctionnelles accessibles via le réseau, met à profit la réutilisation et répond à une certaine qualité de service définie au préalable. Avec une architecture applicative sécurisée, cohérente, souple et pérenne de ce type, on est bien loin de l'ERP monolithique d'il y a une ou deux décennies. Et surtout, la mise en œuvre d'une telle architecture permet l'utilisation des technologies Web 2.0 et donc d'accéder à leurs bénéfices.
L'ERP nouvelle génération ainsi conçu est modulaire et souple, organisé en unités fonctionnelles accessibles via le réseau, met à profit la réutilisation et répond à une certaine qualité de service définie au préalable
Les applications composites délivrent toute la puissance du Web 2.0
Par exemple X3 Premium Edition, la nouvelle version de l'ERP destiné aux PME/PMI de Sage, intègre un portail Web 2.0 personnalisable, destiné à combiner des informations métier à des applications ou flux d'information externes tels que pages Web ou flux RSS. De la même façon, SAP a intégré les concepts Web 2.0 dans sa réflexion et promis d'utiliser des outils de type Web 2.0 (wikis, blogs etc.) au sein de la prochaine génération de ses applications. L'éditeur a récemment annoncé une nouvelle version de son logiciel de CRM intégrant une interface Web 2.0 censée augmenter les taux d'utilisation de ce logiciel. "L'un des projets en cours concerne l'intégration des sécurités et de la protection de la vie privée, des transactions et des processus, des alertes temps-réel et de la manageabilité avec les technologies Web avancées et les business services de SAP et d'autres éditeurs" peut-on actuellement lire sur le site Web de SAP. Notons que NetWeaver, la plate-forme technologique de l'éditeur de Walldorf, qui sert de socle à toutes ses applications, repose sur SOA en termes de langage et de technologie (avec 1600 services disponibles à ce jour). Il existe par ailleurs l'application "SAP Widget Foundation", qui permet de développer des interfaces XML et JSON REST (Representational State Transfer ; cf. encadré "Le Web 2.0 en quelques techniques") se connectant via des Web Services et des connecteurs Java au système SAP et de créer ainsi des mashups (ou applications composites) utilisant différents services (cf. encadré "Le Web 2.0 en quelques techniques").
De son côté, Oracle est également entré dans le monde du Web 2.0 par l'intermédiaire de la nouvelle version, sortie en juillet 2007, de Siebel CRM On Demand, sa solution de CRM hébergée (c'est-à-dire utilisable en mode SaaS). Ce logiciel permet de partager les fonctionnalités de CRM avec d'autres applications et l'utilisateur peut personnaliser la page d'accueil comme il l'entend. La suite d'outils de développement Web 2.0 s'appelle WebCenter chez Oracle. Elle permet également de réaliser des applications composites.
Et puisque nous parlons de CRM, il est impossible de ne pas évoquer Salesforce.com dont le portail client libre-service utilise les technologies Web 2.0. Salesforce.com propose également une API baptisée Force.com permettant d'intégrer des services Web via SOAP (Simple Object Access Protocol).
L'Internet étant le vecteur de prédilection des applications proposées en SaaS, ces dernières usent et abusent des technologies Web 2.0. C'est ainsi que SAP passe par AJAX pour construire l'interface de sa nouvelle offre Business ByDesign, son ERP en Web 2.0.
L'impulsion que donnent les grands éditeurs au mouvement vers le Web 2.0 via l'utilisation de SOA semble bien vouloir donner tort à Louis Naugès, qui, dans un article intitulé "PGI : l'amiante des systèmes d'information ?" et paru en septembre dernier sur CIO-online affirmait que SOA était "Un remède, pire que le mal !". Le même Louis Naugès concluait le même article en disant :
Il faut quand même, sans délai, se poser la question qui fâche :
"Les PGI installés peuvent-ils, profondément, durablement, limiter la capacité des entreprises à innover, à évoluer, à s'adapter à des marchés de plus en plus imprévisibles ?"
Se la poser, c'est une première preuve de maturité et d'intelligence.
Et bien il semblerait que les éditeurs fassent aujourd'hui la preuve de leur maturité et de leur intelligence puisque non seulement ils se posent cette question, mais y apportent des réponses. Pour l'heure, ce sont avant tout, comme on peut le voir, les applications de CRM qui bénéficient des technologies Web 2.0. Le reste suivra à n'en pas douter : nous n'en sommes qu'aux premiers balbutiements du Web 2.0 dans les applications de back-office.



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