Depuis la présence ubiquitaire de l'Internet et son adoption par les technologies et les organisations, les volumes d'information échangés et stockés ont considérablement augmenté et avec eux la proportion de données dites non-structurées. Début 2009, l'Apil, l'Aproged et le CIGREF ont réalisé un état des lieux du traitement de ce type de données et publié un livre blanc sur le sujet. L'avènement de l'Internet et avec lui la mondialisation des échanges ont imposé une disponibilité des systèmes 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. L'ensemble de ces phénomènes a engendré une certaine prise de conscience de l'importance des systèmes d'information par les directions générales et de leur valeur potentielle, au delà des simples immobilisations comptables de matériel.
En allant plus loin que la question simple "que valent les données que je possède ou que j'aurai à ma disposition demain ?", le DSI passe aujourd'hui d'un rôle de rouage destiné à faire fonctionner cet outil "utilitaire et technologique" qu'est l'informatique à un rôle d'homme-orchestre maîtrisant la technologie et l'information au profit du métier de l'entreprise. C'est en tout cas ce que met en évidence l'étude du CIGREF.
Une étude orientée grands comptes
Le Club Informatique des GRandes Entreprises Françaises (CIGREF) est une association regroupant comme son nom l'indique les DSI des grands comptes. Sa dernière étude en date, fruit d'une enquête menée en collaboration avec Cap Gemini, n'est donc pas forcément transposable directement aux environnements PME, même si, comme nous l'indique Pascal Buffard, directeur des opérations transversales chez Axa France et vice-président du CIGREF, "le CIGREF conserve toujours un œil sur son écosystème et donc sur les PME/PMI".
Cette étude démontre "scientifiquement", si l'on en croit le CIGREF, au travers notamment de 490 entretiens en face-à-face avec des DSI de 14 pays à travers le monde, qu'il existe une corrélation entre la maturité des SI d'une organisation, l’usage qu'elle fait de l’information et sa performance en termes de parts de marché, de rentabilité, d'innovation ou encore de réputation. "Il s'agit d'un élément nouveau, puisque jusqu'ici cela n'avait jamais été démontré, même si nous en avions l'intime conviction", ajoute Pascal Buffard.
L'étude a également permis de dégager trois types de profils d'entreprises en fonction de l'usage qu'elles font de leur SI. Ceux-ci constituent l'échelle de la maturité définie par le CIGREF :
- Le niveau de maturité le plus important a été baptisé "technologie métier" : il correspond au profil de 37% des répondants au niveau global (et 40% des DSI français interrogés). À ce niveau de maturité, les directions informatiques sont de véritables "partenaires des métiers de l'entreprise" et mènent des actions de co-développement de services, possèdent des actifs bien identifiés et valorisés et la valeur d'usage des SI est considérée sous l'angle de la performance métier. Le SI est pleinement intégré dans le patrimoine métier de l'entreprise.
- Le profil intermédiaire en termes de maturité a été appelé "centre de services". Il correspond à 39% des DSI interrogés (et à 44% des DSI français interrogés). La fonction informatique est dans ces organisations largement considérée comme un centre de services, plus que comme un utilitaire technologique. Quant à l'aspect "partenaire des métiers" décrit plus haut, il est présent mais dans une moindre mesure.
- Lorsque les SI sont encore considérés comme un outil plus que comme vecteur de performance, le niveau de maturité de l'organisation est le plus faible. L'étude du CIGREF a appelé ce niveau "utilitaire technologique". Il correspond à 24% des DSI interrogés (et à 16% des DSI français interrogés).
Valoriser les actifs immatériels de l'entreprise
L'approche du CIGREF n'est qu'une manière de voir parmi d'autres et correspond à une vision très typée "DSI de grands comptes". Lorsqu'on est éditeur de logiciels, par exemple, on attachera une plus grande importance à la démonstration de la valeur pour l'entreprise dans son investissement dans le logiciel (cf. notre article de juin dernier intitulé Le plan triennal de Syntec informatique porte ses premiers fruits) qu'à sa valeur d'usage.
L'intérêt est évident pour un éditeur d'aller expliquer à son client que même s'il n'existe aucune traduction matérielle à son investissement, celui-ci entre dans la valeur de son entreprise. Si le concept demeure intellectuellement des plus accessibles, dans les faits les dirigeants de sociétés et chefs d'entreprises ont encore tendance à négliger ce capital immatériel. Pourtant, selon une étude de la Banque mondiale, l’économie française est immatérielle à 86%. Du côté de l'Observatoire de l'immatériel, on estime qu'entre 75 et 80% d'une entreprise est immatériel et donc hors bilan social. Aux marques déposées, technologies diverses et autres investissements immatériels venant immédiatement à l'esprit il faut ajouter tout ce qui est ressources humaines, à commencer par les hommes qui composent l'entreprise mais aussi son capital clients. D'autres acteurs, comme les partenaires et fournisseurs ou les actionnaires, demandent eux aussi à être valorisés. Plus étonnant dans cette démarche est le capital organisationnel de l'entreprise, c'est-à-dire sa capacité à s'organiser.
On voit que les SI entrent dans la composition de bon nombre des domaines immatériels listés ci-dessus. Autrement dit, lorsque vous achetez 100 euros le produit proposé par une entreprise, une part de la valeur du produit est bien sûr liée à sa chaîne de fabrication, à son circuit de distribution, à son marketing et aussi à son organisation interne et donc à son SI. Reste à valoriser ces éléments et c'est là que le jeu devient relativement complexe : c'est ce à quoi s'attache l'Observatoire de l'immatériel via son baromètre de mesure des actifs immatériels, premier référentiel européen en la matière. "Au XIXe siècle, on a mis en œuvre des processus de travail pour utiliser et économiser la main d'œuvre. Nous sommes passés, dans l'ère de l'immatériel, de la main d'œuvre au cerveau d'œuvre", explique Jean Pierre Corniou, Président d'EDS Services. "Et le SI est le bras armé du cerveau d'œuvre. Sa capacité à fédérer l'ensemble du capital immatériel autour d'une entreprise représente un facteur de différenciation stratégique".
L'approche du CIGREF, essentiellement basée sur l'usage des SI, diffère de celle de l'Observatoire de l'immatériel, qui se place plus du point de vue de l'entreprise, de ses dirigeants et de ses actionnaires. Mais tous s'accordent sur l'importance grandissante des SI, de celle du traitement d'une information toujours plus volumineuse et moins structurée, de plus en plus souvent redondante. Dans ce contexte, il devient essentiel pour l'entreprise de s'adapter à ce paysage en pleine évolution, en adaptant ses SI en conséquence pour en tirer le meilleur parti, au travers d'une gouvernance intégrée.
Benoît Herr



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